Je déteste que l’on m’appelle « maitresse » hors cadre professionnel. Je trouve que ça fait référence à un fantasme sur côté qui ne m’excite pas du tout. Je baigne là-dedans tous les jours et il n’y a rien de sexy. Je ne me sens pas séduisante dans mon rôle de « maitresse d’école ».
Donc à la réception du SMS de Pierre, ce matin-là :
« Bonjour jolie maitresse »
Je recadre immédiatement sans même réfléchir :
« Je déteste ce surnom, maitresse… »
Bien consciente de l’accueil désagréable que je viens de lui réserver, j’hésite à envoyer un autre message pour adoucir mon recadrage. Mais il répond trop vite pour que je corrige le tir :
« Oups, désolé, je ne savais pas. J’espère que tu vas bien ? »
Il a raison, il ne pouvait pas savoir. Je rigole toute seule en me disant que j’ai été trop directe. Alors je lui dis que ce n’est pas grave, et que je vais bien. Il doit sentir une sorte de malaise, créé bien malgré moi, et il décide de s’octroyer une deuxième chance :
« Attends, on va recommencer »
« Bonjour jolie femme »
Pierre est drôlement sûr de lui, et ça fonctionne bien je dois dire. Je l’imagine sourire derrière son téléphone, comme s’il commençait une partie de son jeu préféré. Je tente une réponse un peu directe, et pour moi très audacieuse aussi :
« Tu as bien fait de recommencer, Bonjour bel homme »
Il me répond encore très rapidement, en soulignant le compliment que je viens de lui faire. Il me dit qu’il sent enfin que je suis aussi agréable qu’il l’espérait. Il faut croire qu’hier, je devais avoir l’air particulièrement antipathique. S’il savait que j’ai discuté de lui, avec Sébastien, toute la soirée…
Je lui demande alors si c’est dans ces habitudes d’envoyer des messages à des femmes qu’il connait à peine. Pierre m’assure que non, et me retourne la question afin de savoir si je réponds souvent à des SMS d’hommes que je connais à peine. Par cette maitrise des arguments, il me rend aussi coupable que lui, il ne lâche pas le contrôle de la discussion.
Nous discutons alors de tout et de rien. Cette discussion est agréable, mais je suis assez occupée dans cette course matinale des jeunes parents actifs. Je « croise » Sébastien dans la cuisine (oui, le matin on se croise), et il me fait remarquer que je suis beaucoup trop attentive à mon portable. Je lui réponds par un large sourire, je lui confirme qu’en effet, je suis occupée sur mon téléphone, tout en empoignant mon manteau. Il demandera rapidement :
« Pierre ? »
Je réponds tout aussi rapidement, en ouvrant la porte de la maison :
« Oui, je te raconte ce soir, mon cœur ! »
Je m’enfuis de la maison avec un de mes enfants, et j’entends sa réaction à travers la porte : « Déjà ?? ». Je sais qu’il aura 1000 questions ce soir, et je sais que je vais adorer lui répondre.
Quand j’arrive au boulot, je peux mieux apprécier la démarche de Pierre. Il n’est pas lourd, il s’intéresse à moi, bien que nos échanges restent très conventionnels. Nous entretenons une discussion légère et banale. Nous parlons du boulot, du temps qu’il fait, d’anecdotes sur les élèves, de tout et de rien. Il apprend que je suis mariée. J’apprend qu’il a une copine.
Il me demande si tout va bien avec mon mari. Evidemment, je lui réponds que tout va pour le mieux. Mais il creuse en me disant qu’après un certain temps, la monotonie s’installe dans un couple. Je coupe court à la discussion, en lui assurant que rien n’est monotone avec Sébastien, et que je ne peux pas rêver mieux.
Nous sommes lors de la récréation de l’après-midi, lorsque Pierre constate que je réponds toujours à ses messages. Je ne comprends pas tout de suite pourquoi ça l’étonne. Il en arrive à poser la question :
« Pourquoi une si jolie femme, heureuse dans son couple, parlerait-elle avec un autre homme ? »
Donc, hier, il me draguait ouvertement, et aujourd’hui, je dois me justifier ? Je comprends rapidement qu’il cherche à connaitre mes intentions vis-à-vis de lui. Je lui écris alors ce message :
« C’est moi qui t’intéresse, ou c’est mon couple ? »
Je ne sais pas s’il est occupé, ou s’il ne sait pas quoi répondre, mais mon message reste en « vu » pendant 30 minutes. Il finit par me répondre que c’est uniquement moi qui l’intéresse.
Pour le reste de la journée, les échanges de banalités sans grand intérêt se poursuivent. Sébastien me demande de lire la conversation dès que nous nous retrouvons à la maison. Il aime l’idée que je discute avec un autre homme. Il trouve la conversation chiante à mourir, ce qui nous fait rire, malgré quelques passages excitants, notamment ce passage dans lequel je m’affirme et que je demande de ne plus parler de notre couple !
C’est un peu comme si je volais de mes propres ailes, et que j’étais fière que mon mari le constate. Je vois qu’il est fier aussi. A ce moment-là, dans son regard, je vois qu’il découvre encore la nouvelle Cécile.
Le sujet de nos limites dans cette relation naissante arrive inévitablement. Jusqu’où puis-je aller dans ces messages avec Pierre ? Ça doit nous convenir à tous les deux. Sébastien est clair, si des sentiments naissent, ça ne peut pas continuer. Je trouve sa requête inutile, et lui rappelle que ce ne sont pas des messages avec quelqu’un que je connais à peine, qui vont remettre en cause 16 ans d’histoire et d’amour. Il est content.
Après une bonne heure de discussion, voilà ce que j’ai le droit de faire dans notre jeu : Parler de sexe ouvertement, envoyer des photos sur lesquelles je suis habillée. En revanche, nous sommes d’accord Sébastien et moi, pour que je n’entre pas dans des scénarios qui implique Pierre et moi dans l’imaginaire. Donc pas de « imagine que je te suce », ou « j’aimerais te caresser sous tes vêtements ». Ça c’est non.
Malheureusement pour Sébastien, ce n’est que le lendemain que Pierre me recontacte. Il aurait voulu voir des échanges en direct. Mais pour l’instant ça me va, ça génère chez lui une certaine attente qui maintient le suspense, pour lui comme pour moi !
Nous sommes un mercredi, de ce fait, je suis un peu plus disponible. Je me laisse aller à la discussion qui reprend sur des sujets aussi divers que variés, jusqu’à ce que Pierre me demande ce que je porte aujourd’hui. Je lui réponds qu’aujourd’hui je ne bouge pas de chez moi, donc c’est jogging et t-shirt. Il m’explique qu’il peut trouver ça sexy, et que ça dépend de ce qu’il y a en dessous. Je lui écris alors :
« Pour les sous-vêtements : rien en haut, et string en bas »

En tapant ces mots, je sens des chatouilles dans le bas ventre. J’ai envie de lui dire ça, j’aime lui dire ça. Pierre n’a aucune importance, ça pourrait être n’importe qui. Ce n’est pas mon mari, donc c’est un « interdit ». Je me sens désirable et désirée. Je sais que mon interlocuteur imagine mon corps et se projette.
Il me répond :
« Sympa, tu dois être vraiment sexy !»
Je rougis seule devant mon écran. Dans les faits, j’ai les cheveux en pétard, une tache de chocolat sur le ventre, et je n’attends qu’une chose : l’heure la sieste, pour que moi aussi je dorme ! Mais j’aime cette discussion. Pierre me demande si j’aime la belle lingerie, et je réponds que oui, bien sûr. Il m’explique qu’il est sensible à ça d’une manière générale.
D’une manière générale… Notre discussion aborde les choses « d’une manière générale ». C’est évident, nous nous passons des messages, mais « d’une manière générale ». Alors je lui demande :
« D’une manière générale, tu préfèrerais qu’une femme se présente à un rendez-vous galant, avec ou sans sous-vêtements ? »
Sa réponse est réfléchie :
« Dilemme ! Pour le plaisir des yeux et de l’éventuel effeuillage, je dirais avec ! Mais c’est terriblement excitant de savoir qu’une femme est sans sous-vêtements, ça fait monter la tension d’un cran, non ? »
C’est une belle réponse à mon sens, et je suis assez d’accord avec lui.
Il finira par me dire :
« Ça te dit un défi ? »
Pour parcourir et te repérer dans mon histoire, tu peux consulter la Chronologie ❤️