Papillons

Cela fait maintenant quelques semaines que je discute avec Pierre, et il est temps aujourd’hui de le revoir. Les messages c’est génial, j’y est trouvé un espace de liberté plaisant, et j’ai appris à me lâcher. Cela pourrait durer encore des semaines, je pense que j’y prendrai toujours autant de plaisir cérébral. Oui, je me rends compte que ces messages m’amusent souvent, et me font du bien parce qu’ils sont comme un journal intime aussi.

Sébastien, lui, apprécie ces échanges que j’ai avec Pierre, mais il ne sait pas trop s’il pourrait s’en passer, ou s’il veut que la relation évolue IRL (in real life).  Ces « retrouvailles » tombent à point nommé, elles feront la lumière sur la suite de la relation.

Etonnement, je suis relativement sereine ce matin. Je te rappelle, chère lectrice, que je suis censée revoir un homme séduisant, et qu’il m’a demandé de ne pas mettre de culotte. Si tu n’as pas lu les derniers articles, cela peut paraitre bizarre, et oui, je te le confirme : ça l’est.

Je choisis une jupe, ni trop longue, ni trop courte, et un chemisier. Sébastien me regarde m’habiller et me dit qu’il me trouve magnifique. Il me demande à quelle heure je vais enlever mon string, et je lui réponds que je ferai comme la dernière fois, vers 16h20, un peu avant la sortie de classe. Pierre est censé intervenir dans ma classe en fin de journée, il sera là, c’est le but du jeu.

Une fois de plus avant de partir, Sébastien et moi évoquons le consentement. Suis-je vraiment OK pour relever ce défi ? Est-il vraiment OK pour que je relève ce défi ? Nous allons même plus loin ce matin : Ce défi nous excite-t-il ?

Il lui vient une idée, que je comprends immédiatement : la double validation. Désormais, avant de décider quoi que ce soit dans notre couple, être OK ne suffira plus. Il faudra aussi que nous soyons excités. Alors chez moi, excitée ne veut pas dire vulve trempée, entendons-nous bien, ça n’arrive jamais. Chez moi, excitée veut dire petite sensation de papillon dans le ventre, sorte d’appréhension agréable. Quand je n’ai pas envie de quelque chose, l’appréhension est plus comme une boule dans la gorge, un poids sur la poitrine. C’est comme ça que je différencie la vraie appréhension, de ce que j’appelle l’excitation.

En quittant la maison, je prends conscience de la force de notre couple, de notre communication. Je trouve ça beau. J’estime avoir une chance inouïe. Pierre n’est rien à côté de mon mari.

Me voilà dans l’école, marchant d’un pas assuré à travers la cour, pour rejoindre ma classe. Je croise une collègue qui me fait signe, elle enchaine quelques mimiques me faisant comprendre qu’elle me trouve canon. Nous rions toutes les deux en rejoignant nos classes respectives.

Juste avant l’entrée des enfants, la directrice passe me voir avec Pierre. Elle lui présente les classes dans lesquelles il interviendra. Je lui fais remarquer que nous nous connaissons déjà et que nous avons déjà entamé les échanges sur son intervention. Pierre est tout sourire, beau, plus charmant encore que lors de notre première rencontre. Mon ventre se noue.

C’est « son premier jour », alors il passe toute la journée dans l’école. Les prochaines fois, il ne sera là qu’en demi-journée, deux fois par semaine, mais n’interviendra dans ma classe que le mardi. Aujourd’hui, je le croise de temps en temps, dans la cour, un couloir. Nos regards s’accrochent furtivement, laissant un léger sourire sur nos lèvres. C’est une journée très silencieuse entre nous, jusque 15h.

Lors de la récréation de l’après-midi, je configure ma classe pour accueillir l’intervention de Pierre. Les enfants vont devoir circuler dans l’espace en fonction de ce qu’il a prévu. Et c’est à ce moment-là qu’il arrive.

« Bonjour jolie femme »

Ça y est, le moment tant attendu est là. Il est seul.

« Bonjour bel homme »

Nous sourions, il est heureux d’être là visiblement. Ça me fait plaisir, et ce nœud au ventre se renforce. Il me demande comment je vais, si je suis prête. Je lui confirme que j’ai bientôt terminé de placer les tables. Et il se corrige en me demandant si je suis prête pour le défi.

« Je suis prête, j’espère »

Il tente de me rassurer :

« Je n’attends rien d’autre de plus que le défi »

Et je lui confirme :

« Et tu n’auras rien d’autre de plus que le défi »

Cette limite que je rappelle, et que je fixe encore plus, me rassure, et ça semble l’exciter.

Les enfants sont désormais en classe et Pierre déroule sa prestation. Il est très pertinent je trouve, et les enfants semblent captivés et motivés. La prof que je suis est satisfaite. J’apprécie me mettre en retrait et l’observer interagir avec ma classe. J’observe ses gestes, j’écoute sa voix, je capte parfois son regard. Je sais qu’il pense à nos échanges, mais je suis impressionné de sa capacité à garder le fil de son intervention.

Lorsqu’il laisse un peu d’autonomie aux enfants, il se rapproche de moi, et nous parlons tout bas. Quelqu’un d’extérieur à la classe pourrait nous observer sans jamais deviner notre connivence. Il me fait remarquer qu’il est 16h10.

Je le regarde dans les yeux, et je suis dans mon personnage. J’ai l’impression de jouer le rôle d’une vraie salope malgré moi, je me surprends moi-même. En réalité, je n’ai pas tant d’assurance, et les papillons de mon ventre s’agitent. Je me dirige vers la porte qui mène directement à la classe vide d’à côté. Pierre reprend la parole et capte les élèves.

Une fois dans la pièce vide, seule, je fais glisser mon string sur mes jambes, et je sens immédiatement ce souffle entre mes cuisses. L’éveil de mes sens s’active presqu’automatiquement. En quelques secondes, je suis de retour dans ma classe, tous les élèves me tournent le dos, et Pierre, poursuit son discours que je n’écoute pas. Nos regards se verrouillent, il sait que je suis « nue ».

Pendant presque une demi-heure, toujours dans mon rôle, je le regarde, appuyée sur une table du fond. Je me lance dans une initiative qui ne me ressemble pas d’ordinaire, même avec Sébastien. Je remonte subtilement ma jupe pour dévoiler un peu plus mes cuisses. Pierre le remarque évidemment.

Lorsque Pierre termine, il est l’heure pour les enfants de rejoindre leurs parents. Ils se hâtent pour ranger leurs affaires, dans un brouhaha de routine. Rapidement, le dernier enfant quitte la classe et me voilà seule avec mon bel intervenant.

Je le félicite pour son travail, il me renvoi le compliment en me précisant que ma préparation de séance y était pour beaucoup. Ni lui ni moi n’avons envie de parler de notre travail. Le sujet du défi boue dans ma tête, et Pierre l’aborde enfin.

« Défi relevé ? »

Je me pince les lèvres avant de lui demander : 

« A ton avis ? »

Il sourit encore en m’annonçant qu’il ne croit que ce qu’il voit. Je plonge ma main au fond de mon sac à main pour sortir et exposer sur ma main mon string de dentelle blanche. Il l’observe, puis me regarde dans les yeux, et suspecte à voix haute qu’il s’agit peut-être d’une triche. Son regard pétille de provocation amusée. Je feins d’être vexée en me tournant vers mon sac pour cacher à nouveau ce sous vêtement. En me retournant, je me retrouve très proche de lui, les yeux plongés dans les siens.

« Je ne suis pas une menteuse »

Il ne répond pas et ne lâche pas le regard. J’ajoute :

« Vérifie »

Pierre place ses mains sur ma taille, les descend sur mes hanches, puis sur mes cuisses, pour remonter ma jupe. Il glisse sa main sur le haut de mes fesses, toujours en me regardant. C’est une véritable nuée de papillon qui s’envole, ça me chatouille au-dessus du pubis. Je respire plus fort, en tremblant à chaque expiration. Ses mains parcourent mes fesses, et descendent pour les agripper doucement. Je sens encore plus l’air caresser ma vulve.

« Tu n’es pas une menteuse »

Mon défi est relevé, mais il me rappelle :

« Tu veux vérifier que j’ai relevé le défi aussi ? »

Quoi ? Mais j’ai complètement zappé ça ! Lui aussi était censé venir sans rien. J’étais tellement concentrée sur moi, que j’en ai oublié son défi à lui. En un éclair de lucidité, je lui réponds :

« Oui, montre-moi »

Il fait un pas en arrière, et il déboutonne tous les boutons de son jean’s, sans le descendre. Il déboutonne aussi le dernier bouton de sa chemise, laissant un accès suffisant pour voir, ou toucher. D’un air détaché, j’écarte à peine sa chemise pour découvrir sa peau qui aurait dû être couverte par un boxer. Visiblement, il a relevé le défi, mais j’ai l’impression de ne pas faire preuve d’autant d’audace que lui.

« Tu permets ? »

Il acquiesce de la tête et je m’approche encore plus de lui. Je prends le temps de passer ma main sur sa taille. Je suis concentrée sur mes gestes, et la sensation dans mon ventre est de retour. Je me place de manière à ce que ma main puisse plonger dans son pantalon, par devant, facilement. Ce n’est pas moi qui suis touchée, mais ma respiration s’intensifie encore, la bouche ouverte. Je sens son pubis, pour arriver à la base de son sexe. Je poursuis un peu plus jusqu’à avoir mes doigts autour de sa verge. Son défi est définitivement relevé, ma main n’a plus rien à faire là-dedans. Alors délicatement je le libère.

« Tu n’es pas un menteur »

Il sourit :

« C’était un défi très plaisant, jolie femme »

Moi je dirais plutôt « surprenant ». J’ai été touchée par un autre homme, j’ai touché un autre homme. Je suis prise d’une vague de culpabilité. Pierre est séduisant c’est sûr, mais je ne suis pas amoureuse de lui. J’aime le jeu qu’il représente, mais d’ordinaire, même célibataire, je ne pense pas qu’il soit mon type d’homme. Tout se bouscule dans ma tête.

Bizarrement, nous n’en discutons pas plus que ça. Nous prenons congés l’un de l’autre, comme de très bons collègues, voir de bons amis. Aucune gêne, mais aucune proximité ambiguë suite à cela. Ça aussi, ça me rassure.

Sébastien n’est pas encore rentré du travail lorsque je suis de retour à la maison. Je m’occupe des enfants, perturbée par les évènements de cette fin d’après-midi. Je réfléchis beaucoup.

Je me pose sérieusement la question : Suis-je excitée par Pierre, ou par la situation ? C’est la première fois pour moi, je n’ai jamais connu ça. Donc la confusion peut persister. Assurément, c’est la situation qui me met dans cet état, ça ne fait aucun doute, mais je ne le sais pas encore.

Bizarrement, cet état dans lequel je me mets, me plait ! Je me pose des questions, je ressens des trucs, je découvre plein de choses sur moi. L’adrénaline est grisante, l’amour pour Sébastien est décuplé, ma confiance en moi finalement renforcée.

Quand mon mari rentre à la maison justement, je l’accueille et je me sens radieuse ! J’ai hâte de lui raconter, lui n’attend que ça, on est comme deux gamins qui se partagent un scoop !!

Et cette discussion de ce soir va vraiment aiguiller l’avenir de nos jeux.

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