Deux rencontres

Je t’ai déjà dit que j’étais professeure. Et dans le cadre de mon travail, les rencontres qui s’offrent à moi ne sont pas folles. J’adore mon métier, c’est une vocation, mais il faut bien avouer que ce n’est pas l’univers le plus glamour. J’évolue donc dans un environnement rempli de copines ou de vieilles prof aigries, tout en sachant qu’on peut être une vieille prof aigrie à 25 ans.

Je n’ai pas encore 35 ans, mon cercle d’amis se réduit comme peau de chagrin, et ma sphère professionnelle n’est pas excitante. Moi-même, comme tu le sais maintenant, je ne suis pas encore une femme folle de sexe, séduisante et fatale, que l’on aborde à tous les coins de rue. Pas très palpitante cette vie ! Mais… ça me va parfaitement, je n’en ai rien à faire des autres, qu’on me laisse dans mon quotidien génialement monotone !!

Le trio levrette – missionnaire – andromaque, supplément doigt dans les fesses, me satisfait avec Sébastien.

Néanmoins, il y a deux petits accrocs dans ce tableau de simplicité pastel ! Deux rencontres. Deux parents d’élèves.

Le premier est le papa d’un petit garçon de ma classe, turbulent mais agréable à vivre. Au fil des semaines, il devient le parent d’élève que j’ai le plus envie de voir de toute la classe. Je ne m’en rends pas compte, mais j’ai hâte que la fin de classe sonne, parce que je sais qu’il sera là. Malgré moi, j’arrange toujours rapidement mes cheveux avant d’entrer dans son champ de vision. Le matin en m’habillant, je pense très furtivement à lui, parfois une fraction de seconde, en me demandant ce qu’il pensera de ma tenue. Ce n’est absolument pas une obsession, mais c’est un moment agréable de la journée, quand j’y pense, ou quand il est 16h30.

Lorsque je me rends compte de cela, c’est-à-dire au milieu de l’année scolaire, je ne peux m’empêcher de penser à Sébastien. Suis-je déjà dans l’adultère ? Cette pensée m’horrifie. Je me rassure en me disant que ce n’est que dans ma tête. De toute façon, ce papa n’a surement aucune intention à mon égard, et je ne voudrais surtout pas qu’il en ait.

L’année se poursuit, et nous échangeons des sourires, nous discutons de son enfant bien sûr. A l’occasion d’un « bilan parent prof », je fais en sorte qu’il sache que je suis mariée, que j’ai deux enfants. Il me fera remarquer que c’est un point en commun que nous avons. Nous pouvons rire bêtement des anecdotes de classes concernant son fils. Même quand la mère du petit est là, elle n’existe pas pour moi.

Vers le mois de Mai de cette année-là, je commence à avoir une sensation de petit nœud au ventre lorsque l’heure approche, et qu’il est censé venir récupérer son fils. Chaque jour, je me retrouve stressée de le voir arriver. Et quand c’est sa femme qui se présente, je suis déçue, presque frustrée.

Puis la fin de l’année arrive, et je n’ai plus d’occasion de le croiser. Ça ne me fait rien. J’apprécie le voir, le croiser, lui parler, mais je n’imagine rien de plus. Il peut disparaitre de la surface de la terre, ça m’est égal. Sauf quand il est là.

Cette première « rencontre » ne me fait pas perdre les pédales. Il faut bien comprendre que ce n’est qu’un moment furtif de la journée, qui ne me hante pas le reste du temps. Mais à l’issue de cette année, je me demande quand même pourquoi lui, pourquoi maintenant ? Depuis que je suis avec Sébastien, ça ne m’est jamais arrivé.

La deuxième « rencontre » me chamboule beaucoup plus. Nous sommes deux ans plus tard, et j’ai dans ma classe une petite fille adorable. Je vois régulièrement sa mère. Je sais que c’est une famille dont les deux parents sont des femmes. Tout au long de l’année, j’ai rencontré une seule des deux mamans. Jusqu’au jour où c’est l’autre mère de cette enfant qui se présente à l’école. A ma grande surprise, je suis comme subjuguée par cette femme. Elle est assez masculine, et loin de mes standards de beauté féminins. Ses cheveux sont courts et son regard est perçant. Elle a une manière de me parler ferme et assurée. Le genre de personne qui ne convainc rien qu’avec le ton de sa voix.

Durant quelques jours, c’est elle qui vient chercher sa fille, et j’ai une envie irrépressible d’attirer son attention, de provoquer chez elle de l’intérêt pour moi. Je suis comme fascinée, attirée par elle. Là encore, j’ai cette petite boule au ventre quand je la vois sur le seuil de la porte de ma classe. Je veux baigner dans son aura.

Cette « rencontre » ne dure qu’un mois, mais elle me travaille beaucoup plus. D’évidentes questions se posent concernant mon orientation amoureuse. Je ne parle pas de sexe, puisqu’à ce moment-là, il n’en est pas question avec elle. C’est son charisme et son assurance qui me laisse perplexe. Malgré tout, je suis physiquement troublée. Ce sont des papillons que j’ai dans le ventre. La réflexion sexuelle arrive peu de temps après. Ce personnage disparait comme il est venu. Ce n’est pas un manque, mais une intrigue que je ressens.

Parfois je repense à ces deux personnes. Les mêmes questions, la même absence de réponse. Pourquoi elles, et pourquoi à ces moments-là ?

La définition scientifique de l’excitation est la suivante : « Déclenchement de l’activation fonctionnelle d’un système vivant ». Et c’est exactement ça ! Ces deux parents d’élèves provoquaient chez moi une sorte d’agitation, mentale et comportementale. J’étais donc excitée !

Voici un de mes secrets, enfoui et refoulé pour l’instant. Je ne comprends pas encore tout ce qu’il s’est passé, mais je ne cherche pas à l’expliquer non plus. Sébastien ne connaitra ces deux épisodes que quelques années plus tard. Il m’en voudra un peu de ne pas lui en avoir parlé plus tôt, puisqu’il s’agit selon lui d’une des clés vers la libération du désir. Et il a raison.

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