Pour gagner un peu d’argent j’ai un emploi étudiant en restauration rapide. Là, j’y rencontre mon futur mari, Sébastien. Je ne le sais pas encore mais c’est avec lui que je vais passer ma vie. Tout de suite on accroche bien ensemble, et c’est un bébé, il est très drôle. Je le trouve beau tout simplement. En revanche il est un peu fou, et je vois bien qu’il s’intéresse aux filles, pas seulement à moi.
Je crois qu’il a compris qu’il me plaisait, alors il prend quelques initiatives mignonnes comme tout. Il s’intéresse à la musique que j’aime, il s’arrange pour se retrouver seul avec moi ! Tout cela est si subtil que ça me plait. Je ne me rends pas encore compte de ce que Sébastien deviendra, un homme aux traits durs, un ours taciturne, sauf avec moi.
Une fois de plus, les premiers contacts physiques ne sont pas fous, et je ne ressens rien. Oui, il embrasse bien, mais je n’aime toujours pas ça. En revanche je suis amoureuse. Rapidement je sais qu’il est l’homme de ma vie.
Si je t’écris que je couche avec lui au bout d’une semaine, tu ne me croirais pas… et tu aurais raison. On passe énormément de soirées ensemble, et on s’embrasse chez moi quand mes parents son couchés. J’ondule toujours mon corps sur le sien, mais nous restons habillés. Puis au bout de 3 mois, il est prévu que je passe une soirée chez lui. Je lui fais part de mes craintes, qu’il comprend. Je ressens comme une pression que je me mets toute seule, et ça m’angoisse.
Sébastien est d’une patience adorable. Je suis convaincue qu’il est le bon, celui qu’il me faut. Ce soir-là, il veille à ce que tout soit comme d’habitude, rien pour créer une ambiance pseudo érotique, et il a bien fait, ça m’aurait mis une pression supplémentaire pour atteindre cet objectif : combler ses attentes.
Et voilà exactement ce qui bloque dans mon cheminement à cette époque. Je me dis que je dois le satisfaire. Moi, je ne sais même pas ce que je veux. Je ne sais pas comment un garçon peu me combler. Je ne sais pas comment provoquer mon propre plaisir, mais je suis angoissée à l’idée le décevoir !
Mon futur mari est fantastique, et il n’y a pas de débat : c’est lui que je veux combler de bonheur et de jouissance. Mais je ne me rends pas encore compte que je m’apprête à passer un cap, alors que j’ai loupé pas mal d’étapes essentielles pour que ça se passe bien.
Donc ça se passe… normal, mais pas ouf. C’est fait, et rien ne change. Je n’ai rien ressenti. On en discute très naturellement et nous sommes d’accord : ce n’est jamais exceptionnel la première fois, pour personne. On en est sûr, mais réellement on n’en sait rien. En écrivant ces phrases, je suis attendrie par ce couple naïf que nous étions.
La seconde fois, c’est encore un missionnaire, mais c’est mieux. Je ressens un grand plaisir. Est-ce que c’est ça un orgasme ? Que je suis nulle, je ne sais même pas ça. La fière Cécile, celle qui sauve les apparences, mais qui fuit dès que possible, ne sait pas ce qu’est un orgasme. Je prends la réalité en pleine figure et de plein fouet. J’ai 19 ans.
« S’aimer soi-même avant d’aimer les autres est l’assurance d’une longue histoire d’amour »
Oscar Wilde.
Aujourd’hui j’ai la quarantaine et j’ai envie de hurler à ma mère que non, une femme ne doit pas contenter son mari. Elle doit se découvrir, elle-même et ses fantasmes. Une femme doit s’aimer, se faire jouir, se comprendre, comprendre ce qui la passionne dans l’amour et dans le sexe, se faire grimper au rideau toute seule ! Une fois qu’elle sait qui elle est, cette femme saura comment s’y prendre. C’est tout simplement, et uniquement après cette étape que son mec sera le plus heureux des hommes sur terre !!
Je sais que beaucoup de femmes réalisent ce processus d’introspection intime sans en prendre conscience, et assez tôt dans leur vie. Ça n’a pas été mon cas. Ma tête et mon éducation ont tout de suite pris le dessus, je ne me suis jamais accordée de lâcher prise.
La longue histoire d’amour que nous promet Oscar Wilde est celle que nous vivons avec nous-même. Je ne le comprendrai que 15 ans plus tard, après avoir failli perdre 100 fois mon Sébastien.

Cette image est une révélation pour moi au moment où j’écris ces lignes. Lorsque je l’ai générée, je me suis rendue compte que ma démarche de rédaction sur ce site est encore une introspection. Je parle à la Cécile d’il y a 20 ans. Je m’adresse aussi aux jeunes femmes, aujourd’hui adultes, qui comme moi ont été inhibées, et le sont peut être encore. La clé s’est de s’aimer… Dans tous les sens du terme.
Voyons dans quelle ambiance j’évolue en tant que jeune adulte.
Pour parcourir et te repérer dans mon histoire, tu peux consulter la Chronologie ❤️